Arrivée de Peggy Bouchet

“On cesse toujours d’être le numéro un mais on ne cesse jamais d’avoir été le premier” Frédéric Dard

5 janvier 2000, je n’ai pas dormi depuis 36 heures, à quelques milles de couper ma ligne, mes sentiments sont confus : appréhension, nostalgie, stress.

Je m’interdis de me laisser envahir par un quelconque sentiment de bonheur par crainte de connaître la même mésaventure, la même injustice que l’année dernière au large de la Guadeloupe. Je suis épuisée physiquement et mentalement.

Je savais que cette seconde traversée serait très éprouvante. Elle l’a été…bien au-delà de ce j’avais pu imaginer. Je suis vraiment aller au bout de moi-même.

A une heure de cette ligne qui depuis des semaines et des mois est devenue mon obsession de chaque instant, je dois composer avec une mer agitée, des courants forts. Les médias me contactent pour recueillir mes impressions. Je fais preuve d’une certaine réserve pour conjurer le sort et rester concentrée.

La victoire

A l’instant où je coupe ma ligne d’arrivée en Martinique, pour moi le temps s’arrête : d’un côté la ligne d’horizon, de l’autre les côtes antillaises et dans ma tête, la carte de l’Atlantique, l’immense soulagement et la grande fierté de pouvoir dire « Je l’ai fait ! ».

Mon regard se pose sur ma citation, ma devise, une phrase écrite avant mon départ à l’encre indélébile dans ma cabine : « Oser toujours, céder parfois, renoncer jamais » ! ».

Le soleil se lève à peine, les premiers bateaux sont venus à ma rencontre, j’aperçois les premières couleurs de la terre, les regards humides et les sourires, les premiers «Bravo».

J’aimerais que cet instant se déroule au ralenti pour en savourer chaque seconde.

Interview à l'arrivéeretrouvailles

Je suis heureuse, fière de l’effort accompli. Je pense à toutes les personnes qui m’ont soutenue, aidée. Je les en remercie et les associe à cette victoire.

Je sors mûrie de cette expérience, enrichie, et je pense à tous ceux qui ont envie de tenter leur chance : qu’ils sachent que leur rêve est à leur portée. Quant à moi, ce qui me restera c’est l’immense bonheur d’avoir réussi, d’être allée au bout, et même au-delà, de moi-même.

La victoire